John Vincent Nye, professeur d'économie et d'histoire économique à George Mason University, qui a déjà publié un nombre important d'articles sur les politiques douanières française et anglaise, vient de publier (enfin, c'est sorti en juillet...) War, Wine and Taxes: The Political Economy of Anglo-French Trade, 1689-1900. Il y explique que, contrairement à une idée solidement établie, l'Angleterre n'était pas, au 19e siècle, plus libre-échangiste que la France. En comparant des données chiffrées sur les tarifs douaniers des deux pays, il parvient à montrer que l'Angleterre menait une politique douanière plus protectionniste que celle de la France. Le système douanier développé par l'Angleterre tout au long du 18e siècle dressait des barrières tellement élevées vis-à-vis des produits étrangers (et particulièrement des produits français) que même le Free Trade Movement des années 1840 (qui vit la naissance de The Economist) n'a pas baissé les tarifs douaniers anglais au point de les rendre moins élevés que les tarifs français (au moins jusque dans les années 1860-70.) La Grande Bretagne taxait certes moins de produits que la France, mais les quelques produits taxés l'étaient d'avantage que les produits français, et représentaient qui plus est une part considérable du commerce britannique.La politique protectionniste de la Grande Bretagne au 19e siècle avait entre autres buts de protéger les brasseries anglaises de la concurrence des vins français. Si les vins de qualité supérieure (la boisson des élites) étaient relativement peu taxés, les vins de qualité moyenne (qui auraient fait concurrence à la bière anglaise) étaient eux taxés à des taux prohibitifs.
A noter que depuis quelques décennies, les Anglais se sont mis à boire du vin en grande quantité, rattrapant ainsi leur retard séculaire. Mais les marques laissées par l'histoire sont profondes, et les pubs anglais ne remplaceront pas d'aussitôt leurs fûts de bière par des tonneaux de vin.
C'est aussi que les tarifs douaniers n'expliquent pas tout. S'il est vrai que l'impératif climatique ne s'impose plus à partir du moment où des produits lointains sont accessibles à relativement bas prix, l'héritage culturel pèse tout de même sur les habitudes de consommation. Après tout, la France du Nord a toujours bu plus de bière que de vin.
Si le gouvernement anglais avait abaissé ses tarifs protecteurs, les Anglais ne se seraient pas mis du jour au lendemain à remplacer la bière par le vin. Car enfin la bière est une boisson délicieuse (la Bombardier anglaise, par exemple, est très bonne.)
Je ne voudrais pas laisser croire que le livre de John Nye est un essai sur les mérites comparés de la bière et du vin (qu'il avoue, dans une interview, préférer.) C'est avant tout une étude magistrale d'histoire économique et d'histoire des politiques économiques, domaine trop souvent délaissé par des historiens qui refusent d'apprendre un minimum de langage mathématique, et sont parfois rebutés par l'aridité des sources, et par des économistes qui se concentrent sur la construction de modèles généraux et n'ont que peu d'intérêt pour l'histoire.
Quand à moi, je bois tantôt du vin et tantôt de la bière, mais si j'avais à choisir, je choisirais le vin, sans aucune hésitation.
Si le gouvernement anglais avait abaissé ses tarifs protecteurs, les Anglais ne se seraient pas mis du jour au lendemain à remplacer la bière par le vin. Car enfin la bière est une boisson délicieuse (la Bombardier anglaise, par exemple, est très bonne.)
Je ne voudrais pas laisser croire que le livre de John Nye est un essai sur les mérites comparés de la bière et du vin (qu'il avoue, dans une interview, préférer.) C'est avant tout une étude magistrale d'histoire économique et d'histoire des politiques économiques, domaine trop souvent délaissé par des historiens qui refusent d'apprendre un minimum de langage mathématique, et sont parfois rebutés par l'aridité des sources, et par des économistes qui se concentrent sur la construction de modèles généraux et n'ont que peu d'intérêt pour l'histoire.
Quand à moi, je bois tantôt du vin et tantôt de la bière, mais si j'avais à choisir, je choisirais le vin, sans aucune hésitation.
Une interview de John Nye dans Reason Magazine ici (j'ai trouvé le lien sur Marginalrevolution.com, un excellllllent blog.)


